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L'eau
Vendredi, 28 Août 2009 00:00

Du global au local

 


«On ne meurt de soif que par imprudence.»
Théodore Monod, Méharées






Cette mise en garde du grand naturaliste du XXe siècle prend en ce début de XXIe siècle toute sa dimension, car aujourd’hui plus que jamais, parler de l’eau, c’est parler de l’homme, tant ce trésor de la nature nous est indispensable.

Indispensable à la vie de la Terre : près de 70 % de la surface du globe est recouverte d’eau (97 % d’eau salée et seulement 3 % d’eau douce).

Indispensable aussi à la vie de chaque homme, puisque notre corps est constitué à 60 % d’eau.

Or la gestion de l’eau, ici, comme dans le monde entier, s’annonce comme l’une des préoccupations majeures du XXIe siècle. On peut craindre que, demain, des conflits s’accentuent pour la possession de l’eau comme il y en eut récemment pour le pétrole. C’est dire que cette gestion nécessite une concertation à grande échelle, mais aussi au niveau local.



Qu’est-ce qu’une «bonne» eau ?



L’eau est une réalité multiple. En effet, toutes les eaux de la nature ne sont pas bonnes à boire. L’eau qui semble limpide transporte pourtant toutes sortes de substances inertes et vivantes, certaines pouvant être nocives pour l’organisme humain, en se faisant par exemple le vecteur de transmission de certaines maladies. Ces substances résultent soit du milieu physique dans lequel l’eau a évolué, soit des rejets de certaines activités humaines dont l’eau est devenue le réceptacle.

Pour pouvoir être consommée sans danger, l’eau doit donc être traitée.

Mais la pollution croissante des réserves rend cette opération de plus en plus délicate, et il est devenu nécessaire de traiter ce précieux liquide afin qu’il soit «potable», c’est-à-dire propre à la consommation.

Une eau potable est une eau que l’on peut boire sans risque pour la santé. Afin de définir précisément sa « potabilité », des normes ont été établies qui fixent notamment les teneurs limites à ne pas dépasser pour un certain nombre de substances nocives. Une eau conforme aux normes de potabilité n’est pas pour autant exempte de matières polluantes, mais leur concentration est alors jugée suffisamment faible pour ne pas mettre en danger la santé du consommateur.

Enfin, une «bonne» eau, ce n’est pas seulement une eau potable, c’est aussi une eau qui a bon goût. L’eau de la source d’Isis, qui alimente notre ville, par l’origine des sols qu’elle traverse, a une très grande qualité gustative. Mais ce goût peut, hélas, être altéré par le chlore quand les pollutions qui affectent l’eau rendent nécessaire sa purification. A nous d’agir pour prévenir et limiter les pollutions en amont : ne pas polluer l’eau, c’est limiter au maximum son traitement… et c’est conserver son bon goût !



Le comité de bassin Rhône Méditerranée et Corse


En France, la gestion durable et solidaire de la ressource en eau étant désormais l’affaire de tous, la concertation est devenue la règle entre les usagers, les élus et l’Etat.

Cette gestion s’organise à partir de «comités de bassin», véritables «parlements de l’eau», qui regroupent les différents acteurs, publics ou privés, agissant dans le domaine de l’eau.

Ceux-ci ont pour mission de définir les grands axes de la politique de gestion de la ressource en eau et de protection des milieux naturels aquatiques, à l’échelle de grands bassins versants hydrographiques.

Aujourd’hui, 12 comités de bassin se partagent le territoire français : 6 correspondent aux grands bassins hydrographiques de la métropole ; 5 aux cinq départements d’outre-mer. Et une Agence de l’eau (établissement public à caractère administratif) est chargée de mettre en oeuvre la politique définie par chaque comité de bassin.

Le territoire du Vigan dépend du «comité de bassin Rhône Méditerranée et Corse».


Si l’eau n’a pas de prix, elle a bel et bien un coût


Le coût de l’eau résulte des dispositifs de captage, d’acheminement et de traitement que la collectivité doit réaliser avant de livrer l’eau aux usagers (nous ne parlerons pas ici de la partie «assainissement» qui se rajoute à la facture et qui, dans le cas du Vigan, est de la compétence du SIVOM inter-cantonal du Pays viganais). S’ajoutent enfin des taxes et notamment la redevance perçue par l’Agence de l’eau.

Chaque collectivité est tenue de présenter en annexe à son budget général un budget spécifique pour l’« eau de consommation ».

L’Agence de l’eau perçoit donc des redevances payées par les usagers (ménages, collectivités, industriels, agriculteurs…). Celles-ci sont encadrées par la loi et leur paiement est obligatoire. Elles sont reversées aux collectivités sous forme de subventions, sous certaines conditions. Parce qu’elles sont en relation directe avec l’impact des activités humaines sur l’environnement, ces redevances doivent nous inciter à une gestion responsable de notre propre consommation et à la protection des milieux aquatiques.

Malheureusement, le législateur étant incapable d’appliquer le principe « pollueur-payeur » (article L 110-1 du Code de l’Environnement selon lequel les frais résultant des mesures de prévention, de réduction et de lutte de la pollution doivent être pris en charge par le pollueur), cette redevance pèse sur les citoyens de façon très inégale.

Ainsi, les usagers de l’eau que nous sommes ne consomment que 25 % de la ressource, mais contribuent à hauteur de 85 à 89 % aux recettes des Agences de l’eau par la redevance « pollution domestique », alors que l’agriculture intensive, qui consomme plus de 70 % des ressources en eau et pollue durablement et massivement les nappes, ne contribue qu’à hauteur de 1 % (la loi du 30 décembre 2006 prévoit de porter cette contribution à… 4 %).



Au Vigan : une régie, un réseau…


Pour les Viganais, la distribution de l’eau a su rester de la pleine compétence municipale : en effet, les élus viganais ont toujours souhaité conserver ce service en « régie » et ne pas le concéder à un prestataire privé. Il va de soi que nous avons, nous aussi et plus que jamais, la volonté de conforter ce service public (seul l’assainissement, qui est de la compétence du SIVOM inter-cantonal, est géré par Veolia Eau).

Notre ville est alimentée par la source d’Isis, résurgence qui draine les eaux issues des bassins versants du Souls et du Coudoulous, torrents cévenols qui dévalent les pentes du versant méditerranéen de la montagne du Lingas et de Montals. Au contact des calcaires dolomitiques qui se trouvent au niveau des villages de Bréau et d’Aulas, ces deux cours d’eau s’infiltrent dans le sous-sol karstique pour alimenter le karst d’où sort la source d’Isis.

La température de cette eau varie de 10,5°C en hiver à 12,5°C en été, et son débit a été évalué au moment des grandes crues d’automne à 1 000, voire 2 000 litres à la seconde (il ne descendrait jamais en-dessous de 60 litres à la seconde en période d’étiage).

Une crépine immergée dans la source d’Isis assure le captage. L’eau est alors acheminée vers une station de traitement installée à l’entrée de l’avenue de Rochebelle, où une chloration est effectuée. Puis des pompes la refoulent dans les différents bassins ou châteaux d’eau de la ville.

Chacun des six bassins qui redistribuent l’eau (Buscaillou, Châtaigniers, Gaujac, Paillerols, Puech, La Combe) alimente un secteur géographique précis. Deux autres stations de pompage sont installées au mas de Régis, route de la Merlière, ainsi que sur la route de Ganges. Notez que certains écarts sont alimentés par le réseau de communes voisines : une maison proche du col des Mourèzes est alimentée par Mandagout ; le hameau de Loves l’est par Pommiers ; le mas de Vèzenobres et une partie du chemin haut de Valamont par Avèze ; le mas Couren, près de Pont-d’Hérault, par Saint-André-de-Majencoules.

Les pompes qui alimentent ces bassins entraînent une consommation d’électricité dont le coût s’élève aujourd’hui à près de 75 000 €.



Une nouvelle politique à engager


Aujourd’hui il est impératif que la collectivité engage une politique forte dans plusieurs directions.

Les économies d’eau

Si les déficiences de notre réseau de distribution ont fait couler beaucoup… d’encre, nous ne pouvons, hélas, avancer aucun chiffre précis sur son rendement et sur d’éventuelles «fuites». Cela pour plusieurs raisons.

Jusqu’à aujourd’hui, les différents arrosages collectifs (espaces verts, stade, etc.) n’étaient pas équipés de compteurs propres : leur consommation bien réelle n’a donc jamais été évaluée. De même, aucun état des lieux complet n’avait été réalisé sur l’état général du réseau.

La municipalité précédente avait pourtant effectué d’importants travaux (adduction neuve en fonte de la D 999 au hameau de Paillerols et construction d’un château d’eau dans ce hameau, l’ancien réseau, vétuste, se rompant régulièrement et provoquant pertes et perturbation chez les riverains).

Au-delà de ce travail qui a réglé définitivement un problème bien identifié, nous engageons une étude qui dressera le diagnostic précis du réseau et nous permettra de planifier les travaux nécessaires.

Cette étude proposera des pistes de réflexion visant à économiser la ressource.

La protection de la source d’Isis

et la recherche de nouvelles ressources

Si généreuse soit-elle, la source d’Isis reste une ressource bien fragile :

– elle est sensible à d’éventuelles pollutions accidentelles (si un camion d’hydrocarbure se renversait sur le RD 48 entre Le Vigan et le col du Minier, la pollution de la nappe priverait d’eau toute notre collectivité) ;

– les sévères étiages de ces dernières années ont montré les limites de notre approvisionnement (beaucoup se souviennent qu’en 2005 il a fallu «mailler» nos réseaux avec ceux des communes d’Avèze et de Molières-Cavaillac pour répondre à la demande) ;

– enfin, la commune de Bréau a réalisé il y a quelques années un forage important puisant directement dans la nappe qui alimente la source d’Isis.

Il convient donc d’achever la protection de la source d’Isis en établissant ses périmètres de protection (immédiat, rapproché et éloigné) et en les faisant approuver. A ces trois zones, qui concernent essentiellement les communes d’Avèze, d’Aulas et de Bréau-et-Salagosse, correspondront des règlements qui assureront une meilleure protection de la ressource.

Il convient, enfin, sans plus attendre, de rechercher une ressource complémentaire.

La suppression de tous les branchements en plomb

Il existe encore environ 700 branchements en plomb dans le centre-ville. La loi, et c’est bien logique, fait obligation aux communes de supprimer ces branchements d’ici 2012.

L’étude est réalisée. La commune a accordé une délégation de maîtrise d’oeuvre au SIVOM inter-cantonal du Pays viganais afin que les travaux se déroulent conjointement avec la «mise en séparatif des réseaux d’assainissement d’eaux usées et des réseaux d’eaux pluviales» situés dans le centre- ville.

A ce titre, a déjà été effectuée la suppression des branchements en plomb de la rue de l’Horloge et de la rue des Barris.

Ces travaux ont été programmés en concordance avec les travaux réalisés par Gaz de France (pour ne pas réouvrir les rues à quelques mois d’intervalle) avant que les voies ne soient définitivement aménagées.



Un aménagement des prix


Le budget «eau» supporte donc, on le voit, la charge de bien lourds travaux.

Ces travaux sont subventionnés, mais sous certaines conditions : quand est réalisé un schéma directeur d’eau potable crédible ; quand est réellement protégé le périmètre de la source ; quand le prix de l’eau distribuée atteint un niveau donné.

Ce dernier point est en effet décisif : les financeurs que sont l’Agence de l’eau et le Conseil général du Gard conditionnent leurs aides à une certaine hauteur du prix facturé aux usagers. Si le prix est trop bas, les travaux sont moins subventionnés ou ne le sont pas du tout !

Aujourd’hui, au Vigan, le prix de cette distribution est trop bas pour que nous puissions bénéficier de ces subventions : 0,61 € par mètre cube alors qu’il est en moyenne de 1,34 € dans le comité de bassin Rhône Méditerranée et Corse.

Or, ces aides qui nous font actuellement défaut, sont indispensables à la commune pour réaliser le schéma directeur d’eau potable et assurer la protection du périmètre de la source d’Isis.

Il a donc été décidé d’augmenter le prix de l’eau et de le porter 0,71 € le mètre cube. Il en va de notre capacité de mener à bien ce grand chantier…


Au Vigan : une régie, un réseau…

… et une nouvelle politique à engager…

… et un aménagement des prix

Il est impératif aujourd’hui que la collectivité engage cette politique forte dans plusieurs directions : la protection de la source d’Isis, la recherche de nouvelles ressources, les économies d’eau, la suppression de tous les branchements en plomb, la modernisation et la mise en conformité du réseau, l’aménagement du prix. La recherche et l’obtention des financements nécessaires (aides de l’Agence de l’eau et du Conseil général du Gard) pour garantir toutes ces mesures à la fois préventives et curatives seront des actions déterminantes pour oeuvrer, tous ensemble, dans notre intérêt, aujourd’hui, et dans celui de nos enfants, demain.