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Durant cette période, le règne d'Henri IV fut une parenthèse de calme favorable à l'innovation.
Sous l'impulsion d'Olivier de Serres et de François Le Traucat, jardinier natif de Nîmes, le Midi vit le début des grandes plantations de muriers. On en planta quatre millions en Provence et en Languedoc. Olivier de Serres fournissait gratuitement aux agriculteurs les plants et les graines de mûriers ainsi que les oeufs de vers à soie. En 1602, une ordonnance royale demanda à chaque paroisse de posséder une pépinière de mûriers et une magnanerie.
C'est de cette époque que date la fixation du paysage agricole cévenol. La croissance démographique et surtout la nécessité de disposer d'espaces pour les plantations de muriers entraîna l'aménagement des versants par la construction des traversiers qui occupent les pentes des fonds de vallées aux plus hautes crêtes. Escaliers géants qui frappèrent l'agronome anglais Arthur Young lors de son passage dans la région en 1788. Très vite, la soie supplanta l'industrie du drap de laine qui occupait la cité jusqu'alors, d'abord par l'élevage des vers et la filature puis par le développement de la bonneterie de soie. Dans la région, la première paire de bas de soie fut tissée par un habitant de Saint-Laurent-le-Minier en 1680. A la fin du XVIIIe siècle, 600 ouvriers bonnetiers fabriquaient annuellement 120000 paires de bas dans le canton du Vigan. Les bonnetiers travaillaient à domicile sur un métier à tisser manuel construit par les serruriers du pays. Les femmes brodaient les bas de luxe qui furent, par le réseau des relations qu'avait créé la diaspora protestante en Europe, exportés jusqu'en Russie.
Le Vigan compte alors de nombreuses corporations d'artisans et devient un centre important du commerce régional, un grand entrepôt entre la plaine du Languedoc et les montagnes du Massif Central. La foire du 9 septembre durait trois jours et les marchands y venaient de fort loin. L'ouverture du chemin royal de Nîmes au Vigan stimula encore l'essor de la ville. On mettait alors un jour et demi par la diligence pour relier les deux cités. La ville est aussi un centre administratif. Le subdélégué de l'intendant de la généralité de Montpellier résidait au Vigan et son autorité s'étendait jusqu'aux portes d'Alais. L'urbanisme viganais rend compte de cette petite prospérité. En 1704 est inaugurée la nouvelle église. Celle de la place du Marché devient une halle dans laquelle les anciennes chapelles sont transformées en échoppes. La place du Quai et la promenade des châtaigniers sont aménagées à cette époque et les familles nobles font construire des hôtels particuliers où elles passent une partie de l'année. Les Faventines bâtissent, entre 1750 et 1759, leur hôtel, futur château d'Assas, dans le faubourg des Barris. C'est la réalisation la plus ambitieuse et onéreuse d'une époque que la présence de grandes familles dans la cité va ériger au rang d'« âge d'or ». Cette situation vaut à la ville l'appellation de « petit Montpellier ». La cité compte 3182 habitants en 1782. Tous ne bénéficient pas des mêmes conditions de vie que les grandes familles. Les artisans et ouvriers s'entassaient dans les vieilles maisons « obscures et sordides », pour reprendre les mots de Pierre Gorlier, de la vieille ville. Une servante est alors payée 45 francs pour l'année. Les conditions d'hygiène dans la ville sont ce qu'elles sont dans toutes les villes de l'époque, les rues servent de déversoirs à tous les déchets. Le Dr Rouger relève que l'espérance de vie au Vigan est de 30 ans 5 mois. Durant tout le XVIIIe siècle des efforts sont faits pour améliorer les conditions sanitaires mais en 1788, encore, un écorchoir public est ouvert au coeur de la cité.
En mars 1789, la rédaction du cahier des doléances du Tiers Etat de la paroisse du Vigan montre que la ville participe pleinement au mouvement d'opinion, héritier des Lumières, qui à travers toute la France demande une réformation du mode de gouvernance du pays. Les Viganais rappellent leur attachement au roi mais veulent un vote par tête et non par ordre aux Etats Généraux, la suppression de la dîme, l'égalité des Français devant l'impôt et l'adoption d'une constitution.
Quatrefages de Laroquête, bourgeois du Vigan fut élu député aux Etats Généraux et participa à l'Assemblée Constituante qui en 1790 créa les départements. Ayant fait le choix d'appartenir au département du Gard, Le Vigan devient, pendant le Consulat (1799-1804), chef-lieu d'arrondissement et sous-préfecture. La ville connut les troubles et les difficultés de la Révolution. Deux partis se formèrent. Les protestants furent d'emblée favorable au nouveau régime et les catholiques fidèles à l'ancien. Le refus de prêter serment à la constitution civile du clergé poussa de nombreux prêtres dans la clandestinité qu'avait connue les pasteurs protestants depuis 1685. De même de nombreux Viganais requis en 1793 par la « levée en masse » pour aller défendre les frontières, désertèrent et se cachèrent dans les montagnes et les mas isolés de la région. La ville qui devait fournir un contingent de 54 hommes ne trouva qu'un seul volontaire. Le tirage au sort désigna les autres. La région du Vigan fut le théâtre de nombreux troubles, incendies de châteaux et destruction des terriers. Au Vigan même on incendia les moulins du Pont et au début de la Révolution on brûla sur la place du Quai les papiers prouvant les droits seigneuriaux du prieur. En 1801, l'abbé de Solier, chef royaliste, fut capturé près de Saint-Martial et fusillé au Vigan. Pierre Triaire, né au Vigan en 1771, s'illustra pendant les guerres de la Révolution au siège de Toulon et en Italie. Il meurt en Egypte en 1799 en faisant exploser le magasin à poudre du fort d'El- Arich au moment où les Turcs investissaient la place. Il devient le héros républicain viganais, une statue lui est érigée devant la mairie, elle fit le pendant à celle du chevalier d'Assas, héros royaliste lui aussi mort au combat en 1760, que la municipalité honora en 1825 en faisant élever sa statue sur la place royale. La ville sort des guerres de la Révolution et de l'Empire, dans un plutôt bon état. L'espérance de vie est passée à 34 ans 2 mois et la population s'élève à 4651 personnes en 1814. Le XIX ème siècle constitue une période de rénovation urbaine selon les normes de l'urbanisme moderne. La ville rompt avec sa physionomie médiévale. Les rues sont élargies, plus de 30 maisons sont détruites pour ouvrir de nouvelles voies et perspectives, du marché vers la nouvelle mairie, construite entre 1830 et 1839, ou du marché vers la place du Quai. En 1849, un abattoir est construit en dehors de la ville. La modernité entre dans la ville par une révolution hygiéniste qui aère l'espace urbain et réglemente la présence des animaux (moutons, porcs, ...) en ville.
L'éclairage au gaz et l'emploi de la machine à vapeur change la vie en ville en permettant la création d'une importante industrie de la filature de soie. Au milieu du XIXe siècle, Le Vigan compte une douzaine d'ateliers. L'essor de la ville se fait par le développement de son tissu industriel qui s'installe à la périphérie. En 1875, l'usine de Saint-Euzéby bâtie dans la Prairie est en pleine activité. La maladie du vers à soie puis l'ouverture du canal de Suez qui facilite l'importation des soies asiatiques freinent un moment cet essor industriel mais entrainent aussi une nouvelle reconversion industrielle. La pureté des eaux des Cévennes est en effet favorable au traitement des fils de déchets de soie ou schappe. Les ateliers viganais vont dès lors se faire une spécialité du filage de ces déchets. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ils reçoivent et traitent des déchets de soie, même ceux venus d'Extrême-Orient. Les sept cheminées qui s'élèvent dans le ciel viganais et l'arrivée en 1874 du chemin de fer au Vigan symbolisent l'entrée de la ville dans la révolution industrielle. En 1876, elle compte 5389 habitants, son maximum démographique, et offre la physionomie d'une ville équilibrée, petit pôle rural, capable d'offrir aux habitants de la région les services les plus utiles à la vie des hommes. En 1896, la population active viganaise se répartie entre l'agriculture (14,5%), le commerce et l'artisanat (24,8%) et l'industrie (36,8%). Les cadres et employés, notamment ceux des services de l'Etat (tribunal, collège, gendarmerie, sous-préfecture), représentent 23,9% des actifs. Un petit peuple besogneux donne à la ville sa diversité culturelle et sociale. L'ouvrier-paysan constitue une des figures emblématiques de cette période. Devenu ouvrier par adaptation et nécessité, il n'a pas perdu ses habitudes paysannes et c'est lui qui, après sa journée à l'usine, entretient sa vigne et son jardin vivant à la façon de ses aïeux de ce que la terre lui apporte. En 1943, Pierre Gorlier voit dans l'importance des dépôts que conserve la Caisse d'épargne du Vigan le témoignage de l'ardeur au travail et de l'esprit d'économie des habitants du pays. Prudente frugalité dont on peut au même titre que le paysage faire une des caractéristiques première des Cévennes et de ses habitants. Si âge d'or il y eut au Vigan, on peut le chercher dans ces quelques décennies où les habitants, bien que pauvres au regard des normes de l'époque, conservèrent leur puissance d'agir en même temps qu'un mode de vie traditionnel millénaire.
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